Les jeunes manifestent contre le CPE, le CNE et les mesures du gouvernement pour juguler le chômage, mais ne se trompent ils pas de cible ?
Par jnd le mercredi 8 mars 2006, 17:53 - brèves épidermiques - Lien permanent
Quel est le véritable problème des jeunes adultes ?
Ne serait-ce pas plutôt une inadéquation de leur formation et des diplômes qu’ils ont obtenus avec le marché du travail ?
Ne serait ce pas plutôt une illisibilité de l’avenir, contrairement aux promesses de leurs parents et de leurs enseignants ?
Ne serait ce pas, enfin, pour ceux qui ont un premier emploi, la difficulté à vivre décemment ?
Pour illustrer mon propos, je voudrais vous parler du coup de téléphone de mon fils, reçu hier :
"Habitant" dans une grande ville du Sud Ouest et âgé de 29 ans, il travaille depuis plus de deux ans dans un grand groupe industriel pour un salaire de 200€ supérieur au Smig.
Son emploi est, bien sur, bien en dessous de sa qualification, mais il compte sur son travail et sa motivation pour progresser ou trouver mieux ailleurs.
Le problème n’est pas là, même s’il la trouve mauvaise d’être relégué aux écritures avec un bac + pas mal… !
Le problème c’est qu’il n’arrive pas à se loger !
Les aléas de la vie font qu’il se retrouve seul, loin de toutes attaches familiales.
Ses revenus ne le rendent pas susceptible de bénéficier d’un logement social et, au vu de son salaire, personne ne veut lui louer, ou alors on lui demande 3 mois de caution, plus les frais d’agence (là, on peut encore l’aider..) et obligatoirement une caution solidaire avec salaire supérieur à 5 fois le loyer + documents fiscaux, déclaration d’impôts et taxe d’habitation de la caution etc…. Dans son environnement (moi y compris), il n’y a pas grand monde qui gagne (net) 5 fois le prix du loyer demandé ( 2 750€ nets !) et personne n’a envie de déballer son intimité fiscale !
Et il est furieux, révolté !
« Je bosse dur, je me considère comme un privilégié, puisque j’ai un boulot correct par rapport à beaucoup de mes copains qui galèrent d’un poste de commercial à un autre, ou d’une grande surface à une autre et je n’arrive même pas à vivre normalement, tout est pourri ! … »
Il me rassure tout de suite : « t’inquiètes pas, je ne suis pas devenu communiste, mais c’est tous des sal…. des vendus, qu’ils soient de droite ou de gauche, il nous jettent de la poudre aux yeux avec leur CPE et leur manif pour ou contre, et, nous, pendant ce temps, on fait tourner la machine et on n’a même pas le droit de vivre normalement. Ils nous prennent pour des Sous M…parce qu’on bosse et qu’on ferme notre Gu… A la première occasion je quitte la France c’est foutu ! »
Je fais la part des choses dans ce qu’il me dit, j’ai l’habitude. C’est un peu sa thérapie : Quand cela ne va pas, il m’appelle et se lâche, après, cela va un peu mieux, et puis, je lui fais confiance. Il est bien dans ses baskets et sait prendre ses responsabilités.
Mais hier soir, j’ai vraiment senti qu’il en avait ras le bol et qu’il était à deux doigts de prendre son billet pour le Canada ou de descendre filer deux baffes au premier agent immobilier rencontré (et des baffes d’un hockeyeur, ça peut faire mal…. !)
Je ne pouvais décemment pas lui conseiller de se mettre devant son ordinateur pour confectionner des faux, mais je l’ai pensé très fort !
Alors, tout ces contrats nouvelle embauche et de retour à l’emploi, je me dis, toujours, que c’est une bonne chose et qu’ils seront payants dans la durée, mais il faudrait aussi que notre gouvernement se penche un peu aussi sur les difficultés du quotidien des jeunes travailleurs.
Ne pourrait on pas inciter les bailleurs à être plus conciliants, en légiférant s’il le faut !


Commentaires
Mon cher Jean-Noël,
Tu mets le doigt sur un réel problème des jeunes au travail qui, pour se loger sont obligés de mettre sur la table, documents fiscaux familiaux et aides du papa en tous genres.
J'ai eu le même problème avec mon fils ingénieur, qui gagne très bien sa vie, mais qui doit, pour occuper un appartement modeste dans une grande ville, rameuter toute la famille.
Comment font donc les orphelins?
Là où je ne suis pas d'accord avec toi, c'est lorsque tu demandes que l'Etat se penche sur ce problème. Arrête!
L'Etat est cette structure qui , voulant s'occuper de tout et de tous , flanque la pagaille ( à la maison, j'ai un autre mot) partout.
Et si le logement en France connaït les problèmes que l'on sait, c'est bien parce qu'à force d'interventions législatives pour favoriser les locataires mauvais payeurs, il a découragé les propriétaires et amené toutes ces demandes de garanties de leur part, qui transforment une simple demande de logement en parcours du combattant, en paperasseries sans fin et en cautions parentales en tous genres.
Assez de l'Etat! Assez de ces hommes d'Etat ( politiciens et fonctionnaires) quels que soient leur tendance politique qui sont partout et qui dérèglent le jeu harmonieux des échanges entre les hommes dont le contrat reste le fin du fin , bien supérieur à une loi mauvaise, forcément mauvaise, comme disait l'autre.
Amitiés
Serge
L'état a été coupable ces dernières années de laisser s'emballer l'augmentation des prix locatifs. S'il y a abus de la part des spéculateurs, c'est le rôle de l'état d'y mettre fin.
Bien sur, que je partages ton point de vue, Serge!
ce que je voulais dire c'est que l'état devrait montrer un peu plus d'attention aux silencieux, qui ont un peu l'impression d'être les dindons de la farce. Ils ne réclament pas de primes, ni de subventions, mais un peu plus de considération de confiance et surtout moins de paperasseries, de méfiance...c'est quand même eux qui font tourner la machine...
Franchement : l'économie va-t-elle devenir propsère et l'embauche ouverte parcequ'on créé un contrat de travail?
Bien sur que non.
Les CPE, les emploi jeunes ne peuvent pas agir sur la santé générale du pays. Et encore moins sur les intentions des mauvais patrons ou des mauvais salariés
Ne nous voilons pas la face les patrons peu scrupuleux n'ont pas besoin du CPE pour abuser de leurs employés, il y a toujours des moyens de pression dans une entreprise.
Ca existait, ça existera encore et sans doute toujours. CPE ou pas.
Les contrats de travail type CPE ou emploi-jeunes agissent à la marge, sur des petites poches d'emplois potentiels : en apportant des subventions, des exonérations ou des facilités à l'embauche comme à la débauche, on peut inciter à créer quelques milliers d'emplois. Mais dans tous les cas, ça restera des emplois précaires, provisoires. Il faut les voir comme des tremplins ou des hubb qui ouvrent sur une autre partie de la vie professionnelle : celle où l'on a un mis de l'expérience dans son CV, où l'on a pu murir son projet et son orientation professionnelle.
Alors les discours à l'emporte pièce sur les vertues miraculeuses ou les tares cataclysmiques d'un contrat de ce type sont soit angéliques soit démagogiques...
Merci Alexis, pour cette analyse pondérée et technique.
J'ai bien aimé ton billet sur le principe trinitaire de notre démocratie Bienvenue au nouveau blog de cap21-auvergne. (http://cap21-auvergne.over-blog.com/)