Supprimer les départements et les conseils généraux ? Pas d’accord !
Par jnd le dimanche 4 juin 2006, 08:05 - brèves épidermiques - Lien permanent
De nombreuses études tendent à démontrer que la structure administrative de la France commence à ressembler à un énorme mille feuille inopérant et onéreux.
Politologues, journalistes et bloggeurs débattent sur le sujet, s’interrogent sur l’utilité de certains niveaux décisionnels et électifs...
Les communes face à des responsabilités et des contraintes techniques nouvelles sont contraintes de s’unir en communautés de communes, « cependant la complexité engendrée par la multiplication et l'enchevêtrement des niveaux administratifs contribue grandement à éloigner les citoyens du pouvoir et à les rendre passifs, désabusés et frustrés(M.Petibout) »…
On en connait l’effet pernicieux dans les grandes agglomérations comme Clermont Ferrand, avec un empilage Kafkaïen des niveaux de responsabilités, des syndicats mixtes avec des mains droites qui ne savent plus ce que font les mains gauches et des disfonctionnements ubuesques comme l’affaire de l’incinérateur.
N’oublions pas non plus que cet empilage de niveaux administratif permet à chaque niveau décisionnel, coiffé par un autre plus grand et d’usage plus large, de survivre avec son propre conseil d’administration qui n’a plus d’autre office que de partager des indemnités de fonction et donc de servir à distribuer la prébende aux élus et militants « méritants »…Quel gâchis financier et moral !
(c’est un débat d’un haut intérêt local et nous aurons l’occasion d’y revenir dans les mois prochains)
Dans le même esprit, des voix s’élèvent donc pour supprimer les départements et les conseils généraux.
L’argumentaire développé parait imparable :
- Les grandes décisions et les grands projets se font au niveau régional et parfois même au niveau (encore inexistant) provincial et donc le pouvoir décisionnaire des conseillers régionaux se réduit comme peau de chagrin.
- L’Europe ne reconnait pas les départements français
Et là je dis danger, danger pour la démocratie !
Le Conseiller Général est le seul représentant du peuple qui mérite encore ce nom, qui corresponde encore pleinement à ce critère, avec, il est vrai, et dans une moindre mesure, le Député.
Pour le Maire à part dans les très petites communes, c’est une liste politique inféodée à un grand parti qui l’emporte. Pour les Conseiller Régionaux listes des partis ..No comment. Les Députés… allez vous faire élire si vous n’avez pas l’onction d’un grand parti. Les Députés Européens …liste des partis. Les Sénateurs, n’en parlons pas (hors sujet).
Il n’y a que pour l’élection des Conseiller Généraux que le scrutin est réellement nominatif pour tous et ou les mots d’ordre des grandes centrales sont le moins efficaces, car le candidat est, en théorie un homme ou une femme de terrain jugé et élu…au vu des résultats de son travail effectif sur le terrain et en faveur de ses électeurs.
Un politique, quelque soit son parcours, député, ministre, le jour ou il n‘est plus en faveur à la cour, peut toujours revenir vers les électeurs de son canton. S’il a prouvé son attachement à son électorat légitime par un vrai travail sur le terrain, il sera réélu haut la main …même et surtout ; si Paris le voue aux gémonies ! Par contre, si le même élu est issu uniquement du sérail des grands partis et a cessé de plaire il ne pourra pas revenir vers des électeurs qu’il n’a jamais eu pour de vrai (comme disent les enfants)
Si les Conseillers Généraux disparaissaient, c’est une page entière de notre démocratie qui se tournerait, c’est la légitimité de nos représentants qui serait remise en cause et l’on en arriverait à une fonctionnarisation de notre classe politique.
Et là, je dis danger pour la République!
Autant il faut élaguer dans les strates administratives qui sont issues de la décentralisation car leur opacité et leur coût présentent un risque de concussion, de non droit et de gaspillage de l’argent public, autant il faut veiller à garder l’esprit de nos institutions, à permettre au citoyen de choisir librement le politique qu’il juge le plus apte à le représenter.
Cette espace de liberté se réduit comme peau de chagrin ; le département et le conseil général en sont encore, historiquement et dans les fait, l’expression.
Veillons à ne pas nous en faire dépouiller…sinon, en évoquant la France, on ne parlerait plus de République.


Commentaires
En même temps, les conseillers généraux et les députés sont connus comme les politiques les plus clientélistes car élus justement sur une circonscription bien identifiée.
Bien sur! Clientélisme, populisme peut être, mais c'est aussi pour ça qu'ils existent. En République, qu'est ce qu'un élu?
Les individus d'une ville, d'une communauté choisissent le plus qualifié d'entre eux pour défendre leurs intérets et les représenter au plus haut niveau. Ils prolongent ou non le mandat si le boulot est bien fait.
Pour moi, naïvement, dans une République en théorie non bananière comme la France, les élus n'ont pas vocation à user du clientélisme à outrance. Quant à savoir si ceux que nous choisissons, par défaut le plus souvent, sont les plus qualifiés ...
Clientélisme : nom masculin. Fait, pour un homme ou un parti politique, de chercher à élargir son influence par des procédés plus ou moins démagogiques (Petit Larousse).
En pratique : prendre toujours les décisions les moins risquées politiquement, voire essayer de ne jamais en prendre. C'est aussi agir en faveur de petits intérêts particuliers en espérant que les personnes concernées introduiront le bon bulletin dans l'urne.
Exemples : intercéder auprès de M. Bidule, Maire ou PDG, pour placer la fille de M. Tartempion, grand ami de M. le Député Trucmuche, même si celle-ci n'a pas les compétences requises, pour "faire plaisir" elle passera devant les autres. C'est aussi valable pour les ministres qui affirment à telles associations qu'il leur donnera plus quand il sera Maire. Le plus flagrant est constaté pour les élus qui dépendent d'une circonscription identifiée, d'un fief avec des électeurs stables, donc pour les conseillers généraux et les députés.
Le concept de circonscription électorale quand on n'a pas de responsabilité directe d'un exécutif local me semble aujourd'hui dépassé. Il pouvait se justifier aux débuts de la République en France pour que le peuple s'approprie un territoire et s'identifie à un élu. Mais aujourd'hui il me semble que la tradition républicaine est bien ancrée en France et que l'on dispose de moyens de communication modernes qui devraient permettre de dépasser ce système archaïque.
Un député ou un conseiller général a mieux à faire à mon avis que de passer son temps en "interventions", et de mobiliser pour cela ses collaborateurs, et les services qui traitent ensuite ces demandes particulières. Un député, par exemple, est élu pour faire le Loi nationale, pas pour intercéder en faveur de M. X ou Mme Y, ou s'ingérer dans des dossiers locaux pour montrer aux électeurs de son fief qu'il agit aussi pour eux, dans le sens du poil.
d'accord avec cette analyse du clientélisme qui est une déviance, mais,
entre
"intercéder auprès de M. Bidule, Maire ou PDG, pour placer la fille de M. Tartempion, grand ami de M. le Député Trucmuche, même si celle-ci n'a pas les compétences requises, pour "faire plaisir" elle passera devant les autres. "
et veiller ou intervenir
pour que ses administrés voient leurs problèmes résolus, que la loi leur soit appliquée favorablement, que les promesses "électorales" soient respectées
il y a une grande différence et cela ne remet pas en cause le devoir de législateur d'un élu et c'est là toute la grandeur et la difficulté du "métier": Veiller à l'intéret général sans oublier les intérets particuliers de ceux qui vous ont fait confiance.
Difficile, certe, mais c'est un garde fou sans lequel, comme je le disais précédemment, on s'acheminerait vers une fonctionnarisation du métier d'élu qui n'aurait plus besoin de l'être (élu) fonctionnarisation qui risquerait de n'être même pas au service de l'état mais d'intérets économiques ou autres et n'est ce pas là, un risque de dérive bien plus dangereux pour la démocratie?